Pensée dominicale suivie de menus conseils pratiques…
A l’époque du jardin potager tiré au cordeau de grand-, beau-, ou papa tout court, il n’y aura eu guère que les Editions Rustica pour publier sur l’art de planter des oeillets d’Inde ou des carottes.
Depuis, le besoin de transformer en « business » n’importe quelle singulière manière de vivre ou de penser a également touché l’art de faire son potager.
Alors émergea aux débuts des années soixante-dix une première vague, celle de la permaculture. Deux jeunes diplômés australiens furent sensibilisés à l’harmonie devant exister entre les êtres humains et la nature environnante — si tant est que les humains soient distincts de la nature… En respectables intellectuels, Bill Mollison et David Homlgren s’emparèrent du concept de « permanent culture ». Nous ne discuterons pas ici de la « paternité » du concept.
Du potager tiré au cordeau, s’amorça parmi la communauté bobo-néo-écologiste la mode des jardins « spiralés » et « laisser-fairistes ». Dormez tranquilles, la nature travaille pour vous. Le cosmique s’invitait dans les plants de patates, les fraisiers devaient pousser dans une pyramide, pourquoi pas une culture en butte pour soulager son dos, des plantations dans une botte de paille, bref, son petit potager individuel devait devenir un Eden. Pour les puristes, rien ne les empêchaient d’y rajouter une pincée de bio-dynamie, et vive le jus de limaces et la bouse de vache!
Je brocarde, mais j’en fus. Alors je me permets!
Lucide sur ces effets de mode, je poursuivais une activité de jardinier « ordinaire » dont le travail consistait à désherber les plates-bandes de ces personnes qui ont horreur de voir la moindre mauvaise herbe dépasser des bordures.
Que m’apprirent ces dix dernières années? Une seule chose: que la nature a toujours le dernier mot.
Alors que je remets en route un potager, je partage dans les quelques lignes qui vont suivre trois-quatre astuces pour naviguer tranquillement entre le jardin tiré au cordeau, le concept de permaculture, et le dernier-né, le concept de jardin « punk ». On attend encore un peu pour que le jardin psychédélique soit légalisé!
- Délimiter une plantation.
- On aime bien l’herbe, on aime bien quand tout se mélange, mais l’herbe indésirable aura toujours le dessus sur une plantation « désirable ». Donc première étape, circonscrire ladite plantation. Pour se faire: une pelle, je précise: affûtée, et trancher les herbes le plus à l’horizontal possible, et la largeur de la pelle suffira. Certes les racines resteront, mais au-moins, on y voit rapidement plus clair. La permaculture est loin de l’illusoire « laisser-fairisme » qu’elle véhicule bien malhonnêtement!

- Désherber comme l’on disserte: on traite d’abord les thèmes principaux avant de décliner vers les à-cotés.
- Les pissenlits, les boutons d’or et les rumex (également connus sous le terme de « doches »…) sont à retirer en priorité. A retirer du potager uniquement, cela s’entend; ailleurs ils ne dérangent personne! Ensuite, selon le temps, l’humeur et l’envie, les plus petites adventices; celles-ci seront identifiées comme moins envahissantes et moins teigneuses que les premières, leur tour pourra attendre! Evidemment, les premières pousses de pissenlits pourront servir en salade. Après cette heure de travail, la parcelle de plantation prendra forme.
Ceci n’est pas une citation, seulement une correction apportée à un dicton. Avant de « retourner à la terre », peut-être avez-vous entendu comme moi qu’il n’y avait rien de tel que de cultiver des pommes de terre pour nettoyer un terrain, non?
Mettons les pendules à l’heure. Les pauvres pommes de terre n’y sont absolument pour rien dans le nettoyage d’un terrain!! En revanche le jardinier, lui, y est vraiment pour quelque chose…
- Quand les abords de la plantation sont plus « hostiles », autant y aller franchement à la pelle.
- On creuse entre dix et vingt centimètres, juste ce qu’il faut pour couper le tissu racinaire indésirable. La logique est toujours la même que pour une dissert’: circonscrire le sujet. Après, on prend le temps de regarder par où aborder les choses. Et comme un jardin, ce n’est pas une dissert’, on a vraiment le temps d’apprécier chaque pelletée découpée dans la terre, de la déposer délicatement sur le côté de la petite tranchée en train de prendre forme, de légèrement la concasser…
- Cette coupe racinaire grossière génère un double effet: celui de créer une cuvette autour de notre plante. L’écoulement d’un arrosage n’en sera que mieux contenu…

- Que faire des « mauvaises herbes ».
- Pour coller avec une certaine idée de la culture punk ou permacultrice, personnellement je les laisse sécher en tas. Sur place ou sur un tas dédié au « fond du jardin ». Là-bas, c’est « l’hôtel aux insectes »! Celui-ci n’est pas fait de petites briquettes, ni de paille savamment ordonnée; c’est juste un tas de branches en décomposition!
Quant aux animaux domestiques, ils sauront très vite profiter d’un bon tas d’herbe pour en faire le contrefort de longues siestes…

Le matériel nécessaire se limitera à une pelle (affûtée) et un couteau à désherber. Viendront ensuite la fourche-bêche et l’incontournable Grelinette! Là aussi, petit avertissement: suivant la nature de la terre, ce sera tout aussi sportif d’utiliser une Grelinette qu’une bonne vieille fourche-bêche. Ce sera à chacune et chacun de voir…!
Avant de terminer, le cas particulier des myosotis. C’est envahissant mais joli. Que faire? Pourquoi pas les regrouper? Un coup de pelle d’un côté et le trou sera comblé par le coup de pelle qui servira à les replanter…cqfd!

Si en ces quelques paragraphes j’ai tenu à vous épargner la dépense d’un ou de plusieurs ouvrages « à la mode » tout beau tout neuf parlant avec sourire des meilleurs techniques de plantation, ils ne restent que le fruit d’un singulier témoignage!
Il n’y a pas plus de jardins « punk » que de jardins permacultivés. Il n’y a que des volontés qui s’expriment au travers de quelques mètres carrés, pour le cas de jardins individuels.
Une prochaine fois, j’aborderai le cas de la taille d’arbuste.
Je vous souhaite à toutes et à tous, un bon dimanche!

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