Dès qu’elle est entrée, j’ai su.
Connivence, complicité, réciprocité, la recette d’un quelque chose en devenir.
Une circonstance improbable, une ouverture sur une opportunité.
Une circonstance improbable, une excuse, un bon prétexte.
Surtout, il ne faudrait pas que l’absence du professeur nous fasse oublier nos maigres acquis.
Nous échangeons nos 06.
J’achète dictionnaire et oeuvres complètes dans le texte. C’est parti pour une version échevelée, comme l’était le jeune Mitia en entrant dans la chambre de ses parents.
Le plaisir de se voir nous amena à franchir les étapes.
Elle entr’ouvre la porte, je termine de l’ouvrir.
Mes principes de morales volent en éclats.
Contraction de l’espace-temps: aujourd’hui est un hier rêvé.
Une apothéose.
Une énergie incontrôlable m’envahit.
Que m’arrive-t-il, que suis-je en train de faire, de devenir?
Communion des âmes, âmes-soeurs.
Une relation sans futur dans laquelle je ne voyais qu’un futur flou.
Implosion.
Chute de l’âme, âme chassée du Jardin d’Eden.
Tu seras puni pour ce que tu as fait.
Tu as osé aimer, tu as osé franchir les barrières que tes pères t’ont toujours interdit de franchir.
Alors tu paieras.
J’ai payé.
J’ai payé cher, capital et taux usurié.
Un fantôme dans la vie, j’étais devenu.
Conserver une façade quand le mental me plonge dans un vide abyssal. Dans le monde physique, gravité dix; dans le monde mental, gravité zéro, tout flotte, tout tombe, tout monte, un chaos invisibilisé. L’existence d’un dieu n’est pas prouvable; l’existence du fracas des pensées l’est davantage. Ce fracas ne se voit pas, mais nous savons tous l’impact qu’il peut avoir sur nos vies, nos comportements, nos manière d’être-au-monde.
Tenir, résister. Tenir, résister. Tenir, résister.
Chaque seconde s’inscrivait dans une lutte sans merci entre la vie et la mort.
Chaque respiration était un signe de vie – malgré l’oppression, l’angoisse du vide intérieur.
Un matin la douleur mentale atteignit le dix sur dix.
Seul, je ne m’en sortirai pas. J’appelle au secours.
Pourquoi pas mettre un terme à ces tourments? Je suis le fantôme de moi-même. Je ne dors plus depuis des semaines. Le cerveau tourne à l’envers tel un démarreur défaillant. La corde est prête. Les ébauches de lettres également.
Les secours arrivent in extremis.
Ma compagne savait. Elle a vécu à côté d’un fantôme qui fricotait avec la mort; tout en sachant…
J’ai survécu.
***
Ces fracas sont des élaborations, fruit d’une imagination débordante, des univers qui, eux, n’ont aucune existence. Ces déflagrations présentent quelques inconvénients, à commencer par celui de la perte de la joie de vivre. L’avantage, c’est qu’elles nous invitent à regarder en nous-mêmes; elles nous invitent à regarder ce que nous n’avons jamais voulu regarder, jusqu’à ces moments vécus de manière douloureuse. Ces événements qui surgissent dans nos vies ont pour eux le formidable potentiel humain qu’ils véhiculent. La manière dont nous allons les vivre révèlera la cage dans laquelle nous nous serons enfermés tout seuls. Une cage dont les barreaux sont faits de croyances, de supputations, de lentes constructions mentales que l’on a cru bonnes pour nous-mêmes.
You were the sun in my life // Thought I was dying // When I realized // There’s just one chance to survive.
Wishful Thinking, Alphaville
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