Ici la barrière morale s’effondra sous son propre poids. La morale religieuse n’a plus cours. L’Enfer n’existe plus, à la rigueur ne reste que le Paradis. Le vécu d’un tel amour donne une image de Dieu. Aimer sans juger, accueillir l’autre tel qu’il est, avec valises et casseroles, lui ouvrir son cœur totalement. L’existant n’a plus de réalité. L’avant a du mal à conserver une place dans une mémoire. C’est amour-là n’est que promesse, il est fusion sans dissolution. Il atteint une hauteur qui laisserait entrevoir le seuil du Nirvana.
Plus que de l’amour, ils ressentirent l’effet d’une communion d’âmes. Une communion qui élève, qui transcende, qui alimente une pure énergie spirituelle. A la limite, elle réaliserait le plan de Dieu sur Terre. Le plan de Dieu sans les commandements. Un Sixième commandement, toujours un peu compliqué à pleinement réaliser, se trouve ici complètement achevé. Il perd même de sa substance. Quant au Neuvième Commandement, l’œuvre de chair, tu ne désireras seulement qu’en mariage, quelle approche réductrice ! Des corps qui se retrouvent dans une communion d’âmes et d’esprits ne font que contribuer au Grand œuvre de l’Amour.
Le grand idéal serait de cesser toute relation sexuelle pour ne communier qu’en esprit, c’est peut-être vrai. Mais l’hindouisme a aussi peut-être compris l’union des corps par la sexualité comme un moyen d’accéder à une spiritualité approfondie. Il ne faut jamais perdre de vue les conditions de la rencontre : spontanée et réciproque ; en esprit avant tout. La sexualité devient secondaire. « En esprit avant tout », Antoine se persuadait tant qu’il put de la prévalence de l’esprit sur le corps, que cette prévalence excuserait la démarche, peut-être la justifierait-elle ?
Dans un rêve tout se passe, tout est permis, le licite à égalité avec l’illicite. Vivre un rêve, c’est risqué de vivre une part d’illicite. Mais qu’est-ce qui est le plus important ? Vivre un rêve avec sa part litigieuse ou s’interdire de le vivre ? Comment pourrait-on s’interdire de vivre un rêve très beau ? Le rêve s’incarne, il devient réalité. Combien de fois cela arrive-t-il dans la vie d’un homme ?
« Tu es celui que j’attendais pour apprendre ensemble à découvrir la douceur d’un érotisme qui naviguera entre spiritualité et sensualité…tout un programme… ». A cette lecture Antoine fut conquis, le charme agissait à plein régime. « Qui a la chance, le bonheur inouï de lire de telles phrases ? » se demandait-il . En ce jour, cette chance ne s’adressait qu’à lui.
suite: de l’inconséquence (5/n)


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