Dans un entretien accordé à la revue Etudes du mois dernier, la sociologue Shoshana Zuboff émet une remarque assez inattendue à propos des libéraux. Ceux-ci seraient des « nostalgiques d’un vieil ordre aristocratique » et érigeraient « l’acteur de marché en figure romantique de combattant de la liberté ».
Dans le numéro de Novembre 2014, le journal de la Décroissance s’interroge sur ce même romantisme pour savoir s’il peut aider la décroissance.
Il semblerait qu’une petite mésinterprétation ait été faite sur le sens de la figure romantique de l’acteur de marché.
Le romantique aristocrate est très critique vis-à-vis des méfaits induit par l’industrialisation. A la massification il va lui préférer l’originalité de l’individu, sa créativité, la maîtrise de ses outils de travail. Il va préférer le paysan et le petit artisan aux grands patrons d’industrie. Il plaindra également l’ouvrier, coupé de ses racines (paysannes), devenu un maillon anonyme dans la grande chaîne de la productivité. Ce seront cette originalité et cette créativité qui illustreront la liberté prêtée à cet individu.
Le libéral du XIXème siècle, l’homme du progrès et du grand négoce, n’a rien à voir avec une quelconque aristocratie, sinon celle communément appelée « bourgeoisie ». La liberté qu’il défend est celle des échanges commerciaux contre justement une aristocratie qui faisait tout pour garder ses privilèges. Ces derniers n’ont pas disparus pour autant!
Toujours est-il que le capitalisme de surveillance que dénonce Shoshana Zuboff est bien éloigné de la sympathique décroissance romantique d’un jean-Jacques Rousseau ou des ardents défenseurs de ce mouvement! Dans la même veine nous pourrions également citer les travaux d’Eric Sadin.

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