De la morale et de la communion des âmes (1/n)

D’un côté le poids des ans, que dis-je, le poids des siècles, et de l’autre l’instant présent. Mais le surgissement de cet instant heurte de plein fouet celui des siècles. La morale se hérisse devant son esprit ; jusqu’à présent en sommeil dans son confortable cocon de croyances, la morale veille. Longtemps elle nous a contraint et nous croyions qu’elle agissait comme un garde-fou ; la contrainte était associée au bon et au bien ; l’observation de ses préceptes semblait non seulement naturelle, mais indispensable au fonctionnement de la société, et bien plus encore, elle devait réguler notre propre fonctionnement. Préceptes que la société avait naturellement formalisés pour le bien de tous. Par anticipation ou concomitamment, les religions des Livres édictèrent aussi leurs visions du monde. Oui, je ne tuerai ni père, ni mère, ni chats, ni chiens, mais les vaches, oui, chaîne alimentaire oblige( !), oui je ne volerai pas, et oui je ne convoiterai pas la femme de mon prochain. Evidemment. — Et puis le XXIème arriva, et les Autorités ne procédèrent à aucune mise à jour ; ce ne serait que justice de dire pareillement que « je ne convoiterai pas le mari de ma prochaine ». Passons. —

Il arrive qu’un jour les fils se touchèrent. Il arriva qu’un jour les garde-fous ne fonctionnèrent pas aussi bien qu’on eût pu l’imaginer.  Il arriva qu’un jour deux êtres se rencontrèrent par hasard. Un jour ordinairement, une histoire d’amour jaillit par surprise, en douceur, dans la plus entière et totale réciprocité. Comme un éclair qui descend tranquillement du ciel. Il prend son temps, mais plus rien n’arrêtera sa course. La morale peut-être aurait se pouvoir.

Chacun naviguant à sa guise dans ce monde, chacun n’arrive dans une situation donnée, ni avec les mêmes valises, ni avec les mêmes ressources. Avant que les choses ne soient dites, Antoine savait que l’édifice allait se fissurer. Dès qu’il la vit, il s’était fait cette remarque : « Bienheureux celui qui la prend dans ses bras ! ». Mais son sens de la moralité résistait encore. Bien des fois il s’était déjà demandé comment il réagirait si une telle situation se présentait. Aujourd’hui il est dans cette situation. L’a-t-il recherchée, inconsciemment, rien est moins sûr. Quelques semaines passèrent. Les rendez-vous au sein de cette association culturelle devenaient incontournables ; pour aucune raison il n’en aurait manqué un ; venait-elle à devoir s’absenter que le cours en perdait toute sa substance. Ils n’étaient que tous les deux sur ce créneau. Nul ne peut refaire l’histoire, nul ne peut dire comment l’histoire se serait déroulée si le professeur n’eût pas dû suspendre les cours durant un bon mois. La fenêtre s’était ouverte. Une même idée jaillit dans leur esprit : se voir en dépit de cette absence, se voir malgré tout, se voir surtout. A l’issue du cours, au bout de la ruelle où leur chemin se séparait, elle fit le premier pas. Il lui répondit qu’elle ne faisait que de lui retirer les mots de la bouche. Ils échangèrent leur numéro de téléphone.

suite: Les cours privés (2/n)

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