Mise à jour: le 14/04/2021
Nous sommes le « siècle » d’un développement spectaculaire de la technologie. Un développement rendu possible avec le concours du capitalisme, d’aucuns diront « avec le concours de la domination du Capital ». Cette technologie marche avec son temps, comme fut l’invention de la roue, du moulin à vent ou des écluses en leur temps propres.
Devant une « très probable improbabilité » qu’une instance mondiale décrète l’arrêt définitif de toute recherche génétique, que vaut-il mieux faire? Arrêter unilatéralement les recherches en cours dans ses propres laboratoires qui relèveraient encore d’une obédience nationale? Ou poursuivre ces recherches, d’une part pour éviter le déclassement et, d’autre part, pour apporter un éventuel garde-fou à des usages qui, aujourd’hui, fourbissent les imaginaires de terrifiants fantasmes?
Fermer les yeux et vitupérer contre les prospectives dites transhumanistes ne suffiront pas pour les empêcher d’advenir. Un Hughes de Jouvenel n’entend pas arrêter ses projets en ce sens, ni la société AlphaBet.
C’est bien là que l’on retrouve la force irréfragable du Capital, et c’est en même temps, là, que nous pouvons ouvrir le champ d’un questionnement. Un questionnement issu d’une humanité consciente de sa responsabilité, en même temps que consciente de ses propres divisions. Penser une Humanité, Une, qui s’arc-bouterait contre un Capital désigné comme une menace tournée contre son humanité même est une pure illusion. Le Capital est beaucoup de choses mais n’est pas pour autant une forme déshumanisée; de même l’humanité ne forme pas une masse unanime et par là, indifférenciée; elle s’exprime également par la voix de ceux qui aiment, pour le moins qui apprécient, les améliorations apportées à et par la technique. Ces derniers n’étant pas pour autant détenteurs du (maudit) Capital. La lutte pour l’hégémonie d’une idée, d’un projet ou d’une croyance est loin d’être achevée…
La Révolution vers un communisme idéal comme le proposent certains philosophes perd toute consistance. Plus on s’en approche, plus elle s’échappe, plus on veut saisir son sens, plus elle glisse et s’évapore entre les mailles de la dialectique la plus fine.
L’espèce humaine peut subir un « technicisme qui la bestialiserait et une technique qui la mécaniserait »; elle peut subir l’exigence d’une « adaptation et d’une mobilité imposées par le flux capitalistique », – la fameuse agilité que l’on nous vend à toutes les sauces -, il persisterait heureusement les « phénomènes de défaillances: le désir, l’amour; le manque, le deuil; l’angoisse, l’ennui; la nostalgie, la mélancolie; et aussi l’espoir » (Jean Vioulac).
La logique totalisante à l’œuvre n’implique pas l’émergence d’un communisme dégagé de ses errements – le capitalo-communisme chinois pourrait suggérer que les errements poursuivent leur chemin. La puissance cybernétique, manifestation de ce totalitarisme, n’est pas une menace en soi à même de perturber mon sommeil, ni même ma liberté de conscience, ni entraver ma liberté de consommer ou non la fiction qu’elle relaie sur les écrans. C’est là que prend tout son sens le questionnement évoqué plus haut.
Au-delà du désir, du manque, de la nostalgie et même de l’espoir, nous trouverons toujours la liberté sur notre chemin; une liberté à l’origine de choix. Qu’elle soit perdue, il faut tout faire pour la reconquérir, qu’elle soit effective, il faut tout faire pour l’exercer, l’approfondir et la préserver. Le plus subtil c’est de savourer la liberté quand elle est encore là, de savoir en conscience qu’elle est bel et bien là au cœur de nos vies.
Tenter de définir la liberté rejoint la difficulté de penser une Révolution idéale abolissant la domination du Capital: plus on pense s’approcher d’une définition, plus elle nous échappe. Mais demandons à ceux qui l’eurent perdue dans la vraie vie, voire à ceux qui ne la connaissent pas, et nous appréhenderons son importance…capitale.
Notes de lecture
Science et révolution, Jean Vioulac, PUF, 2015
La logique totalitaire, Jean Vioulac, PUF, 2013
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