Publié le : 10/04/2021
Néologisme inventé au début des années 2000 par Glenn Albrecht, australien, philosophe de l’environnement, et importé en France par Alice Desbiolles, auteur d’un ouvrage éponyme [1]. La compréhension intuitive du terme requérant quelques connaissances latines, il en existe un substitut beaucoup plus compréhensible: l’éco-anxiété. Là, au-moins, c’est clair, pas besoin de fouiller les vestiges de nos cours de langues mortes.
Le journal des Echos apporte toujours son lot de bonnes nouvelles. D’un côté on pourra lire que tout brûle, et d’un autre que tout finira par bien se passer. Comprenez-vous bien, « la technique va nous sortir de la galère environnementale, ce n’est qu’une question de temps ». C’est toujours une question de temps. Dans le numéro de ce week-end en page 12, la présentation de deux ouvrages [2] prenant position contre le « catastrophisme écologique »; dans le magazine page 69, la présentation de ce nouveau mal-être: l’éco-anxiété. Le remède côtoie le mal! Il eût suffit de préciser aux lecteurs éco-anxieux de se reporter sans plus attendre à ladite page 12 pour guérir.
A force que l’on nous rabatte les oreilles que la Terre est en train de brûler, on finit par y croire dur comme fer. Alors après, ou avec (!), les « gestes barrières », il faut faire les gestes qui sauvent la planète. Il faut être un bon éco-citoyen, sinon pan-pan-cul-cul, il faut télécharger la bonne « appli » pour savoir si l’on va ingurgiter du A, du B, ou du E, – pas les vitamines, mais l’ »indice nutri-score » bien-sûr -, il faut faire du « covoit’ « , il faut saluer l’installation de « parcs aquatiques » d’éoliennes, il faut se réjouir des multiples et infinies applications qui vont optimiser tous les secteurs de l’industrie, de l’agriculture à l’aérospatiale, en passant par le génie génétique, cela va sans le dire (mais c’est toujours mieux en le disant!), et les cryptomonnaies.
Comment, diable, avec toutes ces bonnes nouvelles peut-on sombrer dans la dépression?! Une chose est sûre: la mono-alimentation intellectuelle de productions collapsologues n’apporte pas grand-chose à l’entendement. Comme le rapporte Julien Damon dans les Echos, « (Schellenberger) fait habillement la chronique, sur des décennies, des fausses prophéties. De fait, l’effondrement n’a jamais eu lieu ». On ne peut douter de l’ »habileté » mise en œuvre pour accoucher de la démonstration; mais on ne peut non plus nier que l’humanité n’est toujours pas morte. On s’entre-tue toujours mais ce n’est pour des motifs « effondristes ».
Mais où est donc le problème? Existe-t-il vraiment? N’y en a-t-il qu’un seul? Comment peut-on en arriver à être anxieux face à l’infinie puissance de la nature et du cosmos?
Le tour de main est purement politique. En faisant « tout » ce qui est en « son pouvoir » pour donner l’impression de s’occuper de l’avenir de la populace, le petit personnel politique envoie un double message. Le premier, à première vue positif, dit ceci: » nous avons pris conscience de la gravité de la situation, nous nous occupons du problème », et le second, subliminal, dit : » nous savons que cela vous fait peur, et nous ferons en sorte d’entretenir cette peur; elle nous est bien utile ».
Qui n’est pas au courant aujourd’hui de l’efficacité du sentiment de peur? La peur divise. Ensuite elle favorise l’obéissance…
Voulons-nous vraiment « faire un geste pour le planète »?
…au fait, rappelez-moi le nom de la grosse boîte américaine qui délivre partout dans le monde un tas de marchandises à l’utilité douteuse? …ah, et puis aussi, sa grande concurrente chinoise? Ali-quelque chose…Non? Ça ne vous dit rien, vraiment? Et puis aussi, ces petits appareils dont tout le monde raffole, ceux qui tiennent dans la main, à un tel point que l’on croirait que nos enfants sont nés avec ce greffon?! Et que valent ces médiocres protestations contre le pauvre Elon qui projette d’installer une belle usine de satellites basse altitude dans « notre » Manche? Il faut bien un peu de « puissance » pour les influenceurs de TikTok et autre Instagram!! On va tout de même pas refuser son honorable concours??
Ce qui est vraiment « »dégueulasse« », c’est qu’ils ne paient pas leurs impôts en France; ça c’est vraiment une injustice criante…Par contre, pas de problème, surtout, continuez à leur acheter un tas de c*****ies, il paraît que c’est bon pour le moral. Ah!? Et…, il y a toujours des éco-anxieux…?Bizarre…
Dans l’esprit de la Décroissance, le violon d’Ingres de Serge Latouche consiste à répéter qu’il faut « décoloniser les esprits ». Les décoloniser « pour sortir de la société de consommation et décoloniser l’imaginaire productiviste »[3].Il voudrait éviter de tomber dans l’écueil du collapse tout en voulant imaginer la sortie du capitalisme. On perçoit bien que la ligne de crête n’est pas évidente à suivre, que le chemin est très largement encombré d’obstacles. Et l’écueil du collapse difficilement évitable. Et, là, manque de chance, apparaît l’éco-anxiété.
L’épisode du canal de Suez a bien montré que le monde « d’après » présente de forte ressemblance avec celui « d’avant ». L’hubris consumériste n’a pas décrû. Ne nous rassurait-on pas quelque part durant l’été dernier que les usines chinoises avaient repris leur production, et assurer que tous les joyeux cadeaux de Noël seront bien sur nos étalages de grandes surfaces?! Pour le plus grand bonheur des petits et des grands, « quel monde merveilleux, n’est-ce pas chéri; ne sommes-nous pas si heureux avec tous ces jouets »?!!!
Qui a dit que Dieu se riait des hommes qui se plaignent des conséquences alors qu’ils en chérissent les causes?
De Bossuet, et c’est intemporel.
Notes
[1] « L’éco-anxiété: vivre sereinement dans un monde abîmé », Fayard, 2020
[2] Apocalypse Never. Why Environmental Alarmism Hurts us all, Michael Schellenberger, Harper
[2] Les écolos nous mentent!, Jean de Kervasdoué, Albin Michel
[3] journal de la Décroissance, page 3, n°152, septembre 2018
Laisser un commentaire